« Indie a été mon binôme, nous avions une connexion rare »

8 août 2022 – Lecture : 4 minutes

  • Présentez-nous votre animal de compagnie, celui qui vous a le plus marqué…

Indie, ma première chienne chihuahua avec laquelle j’ai eu un lien très fort, hélas disparue il y a trois ans. C’était mon double, mon binôme, elle me suivait partout. Avec moi, elle a expérimenté tous les moyens de transport (train, avion, bateau, moto). Elle aimait me suivre partout et devint ainsi une star des plateaux de télévision.

  • Comment est-elle arrivée dans votre foyer ?

Ayant toujours vécu avec de grands chiens, j’avais un a priori sur les chihuahuas. Un jour, deux adorables spécimens à poils longs, croisés lors d’une visite touristique, m’ont conquise. Je voulais adopter un petit chien qui puisse m’accompagner partout, j’ai alors opté pour cette race.

  • La rencontre, vos premiers échanges…

J’ai répondu à l’annonce d’une famille à Béziers et lorsque j’ai vu cette petite chienne, ce fût le coup de cœur ! Au retour, dans la voiture, Indie sur mes genoux, j’ai ressenti un truc incroyable. Il s’est vraiment passé quelque chose de puissant. Après avoir un peu gémi – elle venait d’être arrachée à sa mère – elle a très vite voulu savoir ce qui se passait dans la voiture, elle n’était pas pétrifiée ce qui m’a plu. Ensuite, ce fut l’amour fou entre elle et moi.

  • Comment avez-vous choisi son nom ?

Je cherchais un nom en deux syllabes avec des « i » pour la sonorité. Cinéphile, j’ai pensé à Indie, en référence à Indiana Jones, un film que j’adore. J’ai pensé qu’elle vivrait de belles aventures.

  • Quelle place occupait-elle dans votre foyer ?

C’était à la fois mon bébé et mon ange-gardien. Tous mes animaux sont des membres à part entière de la famille. C’est important que les proches le comprennent quand vous instaurez une telle relation. Un lien s’est très vite créé avec mon conjoint, Indie était en admiration devant lui.

  • Quels étaient vos rapports avec elle ?

Fusionnels, sans être exclusifs. Nous avions une connexion unique sans que ce soit de l’hyper attachement. Indie m’apaisait beaucoup.

J’avais un cabas mou, en fausse fourrure. Je lui avais appris à se cacher dedans et j’ai pu l’emmener partout. Son éducation a été très facile. Elle marchait sans laisse même dans les rues de Paris, elle me suivait, s’arrêtait aux passages cloutés. Sur les plateaux télé, elle m’attendait dans la loge. Elle était gentille avec tout le monde.

Elle fut même mon assistante. Lors de mes consultations, elle était présente sans interférer, assise dans son cabas dans un coin, ce qui me m’a souvent permis de tester, par exemple, la sociabilité du chien que je recevais. Je pouvais observer ses attitudes. Quand il approchait de sa couche, elle grognait une ou deux fois ce qui devait suffire à le laisser à distance. S’il insistait trop, le chien avait manifestement un problème de contrôle ou de dialogue canin.

  • Qu’avez-vous le plus apprécié chez elle ?

Sa sagesse. Sans être ni collante, ni en demande, elle était à mes côtés et gardait un œil sur moi. Quand elle sentait que j’avais besoin d’une pause, elle venait me voir avec un regard particulier pour m’inciter à me détendre ou à prendre l’air.

  • Une anecdote, un souvenir …

Indie était une Parisienne, elle trottinait fièrement la tête en l’air dès qu’on revenait dans la capitale. Sa démarche n’était absolument pas la même à la campagne !

La fois où elle m’a le plus surprise et émue fut lors d’un tournage pour « La Quotidienne » sur France 5 à propos de la médiation animale. Il s’agissait de devenir chien-visiteur auprès de malades dans les hôpitaux pour l’association « Parole de chiens ». À l’époque, l’association n’acceptait pas les mini-chiens, les tests effectués avec Indie par l’éducatrice comportementaliste lors du casting n’étaient notamment pas adaptés à son gabarit. Sachant que ma chienne, équilibrée et sociable, serait une bonne candidate, Isabelle de Tournemire, présidente de l’association, nous a conduites au chevet d’une femme âgée hospitalisée. J’ai posé Indie sur le lit et elle nous a bluffées. Elle a fixé un instant la malade puis a cherché des câlins, lui a fait la fête tout en se contrôlant pour ne pas lui faire mal. Elle a enchaîné un numéro de roulades et de jappements de joie avant de se lover dans son cou. Que d’émotions ! Indie a offert du bonheur à cette femme seule, elle fut rayonnante le temps de notre visite. Depuis, un mini-chien peut devenir chien-visiteur.

  • Comment avez-vous réagi quand elle est morte ?

J’ai été profondément affectée, dévastée, d’autant que sa mort a été tragique et brutale. Lors d’un séjour dans les Landes, elle a fait une mauvaise rencontre. Elle n’avait pas 6 ans… Et je n’ai pas pu la réanimer, elle est morte dans mes bras…

Même en tant que vétérinaire, constamment en relation avec la maladie et la mort, je n’étais pas préparée.

Nous avons enterré Indie dans notre jardin familial. Nous tenions à un cérémonial avec un cercueil, des fleurs. Puis je lui ai rendu hommage en publiant un texte sur Facebook, j’ai reçu un nombre impressionnant de messages très émouvants. Le deuil a été long, les mois suivants ont été très durs. J’ai traversé les mêmes étapes que pour la perte d’un proche. Au début, j’étais abasourdie, dans le déni puis en colère, avant d’être submergée par un chagrin intense. J’ai été entourée, mais il m’a fallu du temps avant de pouvoir accueillir un nouveau chien, Yago.

  • La vie sans animal, ce serait…

Bien triste et inconcevable, un véritable manque.

  • Si elle avait pu parler, qu’aurait dit Indie aux humains ?

Vivez le jour présent.

  • Quel est votre film préféré avec un animal dans un rôle principal ?

Hatchi avec Richard Gere, tiré de l’histoire vraie du lien indéfectible entre un chien et son humain (sorti en 2009, le film met en scène un chien Akita Inu). Je pleure à chaque fois. Je le recommande à tous, même s’il fait jaillir des larmes.

  • Et un livre ?

« L’appel de la forêt » de Jack London (l’histoire de Buck qui devient chien de traineau dans le Grand Nord), il a marqué mon enfance.

  • Si vous deviez être réincarné dans un animal, quel serait-il ?

Le chat pour le pouvoir de son silence et la puissance de sa présence. Un chat est avant tout libre et indépendant dans le sens où il décide de sa vie, il sait se faire du bien et aussi penser aux autres. Il n’est pas asocial contrairement à ce que pense la plupart. Il choisit de s’attacher avec qui il veut et quand il s’attache, c’est sincère à 100 %.

  • Dans quel domaine pensez-vous qu’il faille renforcer la législation protectrice des animaux ?

Le problème ne réside pas dans un manque de lois en droit animalier mais dans l’absence d’application des textes et arrêtés qui existent. A-t-on déjà condamné quelqu’un en France pour abandon de son animal ? L’augmentation des peines permet sans doute aux magistrats de faire évoluer les jugements. Aujourd’hui, il y a encore trop d’amendes, de sursis ou de relaxes pour des actes que la société condamne (cruauté et violences envers les animaux). La loi de novembre 2021 est positive dans la mesure où aucun texte n’avait été voté depuis des années. On avance.

La justice devrait mettre en place un fichier des personnes condamnées auxquelles on interdirait à perpétuité la possession d’un animal.

  • Quelles mesures en faveur de la cause animale soutenez-vous particulièrement ?

Il y en a tant ! Pour n’en citer que trois :

  1. la lutte contre la corrida. Donner en spectacle la souffrance animale, car souffrance il y a, n’est plus acceptable au XXIème siècle ;
  2. l’exclusion sociale via l’animal. Pour les sans-abris, les animaux représentent souvent leur seul lien social ;
  3. la promotion des petites associations de défense et de protection animées par des bénévoles.

Je suis ainsi membre de l’association des vétérinaires Anti-Corridas, marraine de l’association Gamelles pleines qui aide concrètement à soigner, nourrir et faire garder les animaux des personnes particulièrement défavorisées, et marraine de l’Arche des Associations depuis sa création.

Propos recueillis par Alexandra Deschamps le 8 août 2022


En savoir plus sur Alexandra Deschamps

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Publié par Alexandra Deschamps

Journaliste, psychanalyste, animatrice d'ateliers d'écriture

Laisser un commentaire